08 juillet 2008
Du Silence Imposé
Evidemment, on
peut tout raconter dans un journal intime, qu’il soit confidentiel ou non, sans
quoi il ne serait pas si intime, et fumiste. Le tout, c’est d’assumer ses
dires, et donc, par là même, de s’assumer, mais, lorsqu’il nous arrive quelque
chose qu’il n’est pas possible de raconter, parce que nous sommes tenus par une
promesse de style « tu ne diras point », il n’est plus possible d’écrire,
l’esprit fustigé, la main comme coupée. Exit l’exhibe, la logorrhée. Le respect
est une chose essentielle, pour qui se conçoit des valeurs et pour qui les
applique. Ainsi, ce doit être le silence.
Confession :
[
]
Impossible confession :
Agatha étant
cependant décédée, les vérités ne seront jamais dévoilées.
Aussi ai-je
choisi, pour moi-même, non pas de respecter ma promesse, mais d’aller encore au-delà :
d’effacer, tout simplement, l’histoire.
Découvrez Bat for Lashes!
07 juillet 2008
Duel à la Muse
A la dérive
majestueuse qui anime nos corps, qui n’est pas tant, aujourd’hui, qu’un festin
alangui, j’appose celle d’hier, quand mon corps roulait sur le tien, jusqu’à
toucher le sol, à m’en briser les os. Ce n’était pas moment formidable pour moi
que cette intrusion dans la chair meuble et offerte, tout juste une déraison.
Le sourire est endomorphine, et l’été, lénifiant, condamne les caresses à la
sueur. L’odeur de l’épiderme, qui est drame, la suie, qui nous recouvre,
s’étale, comme du sperme, sur le torse, tandis qu’une musique lourde et
oppressive se diffuse, massive, dans
l’air chaud.
Nous avons inversé un instant l’ordre du monde, pour l’éternité ; toute éternité passagère que la mémoire conserve et que les mots ordonnent à l’avenir, pour l’avenir, séditieuse sentence et crime reconduit. Il m’a dit ainsi que les mystères du monde, ceux que l’on ne conçoit plus, sont des énigmes vivantes, que la chair ne peut résoudre et qu’un instant, un bref instant, cependant, tel le poète qui inspecte le possible d’une création, l’hédoniste, le possible d’un désir écumé, consommé, ses lèvres géantes, oppressantes, avides de connaissances, se sont abouchées au sanctuaire délétère par lequel s’écoule le fécès.
**
*
Bref, vous l'aurez compris, le Journal Inversé
ouvre de nouveau ses portes.
P.S : Un flux d'actualité est disponible dans la colonne de droite, tout en bas, à la suite des liens.
05 juillet 2008
Rêve : la peau

Je rejoindrai
bien La Peau. La peau n’est pas si loin et pourtant terriblement
distante, que je la touche en esprit. D’un pas lourd et pressé, je peux la
quérir, en frôler la porte, du regard, à la dérobée, me souvenir. C’est cela,
me souvenir. Il faut attendre que la nuit s’achemine pour la pénétrer : à cette
heure-ci, d’ordinaire, je dors, je rêve de femmes curieuses, qui me proposent des
énigmes, je rêve de chats volants, privés de l’usage expansif de la parole, je
rêve que mon alliance se resserre à tel point qu’elle me tranche le doigt. Et
autres curiosités. A la peau, je ne rêve pas. On est spectateur ou bien acteur,
point les deux à la fois. Ce serait une hérésie. Sais-tu qu’une fois, un jour,
il y’a peu, mais je n’ai pas jugé bon alors de le noter, le mentionner (…) j’ai
rêvé d’un Glory Hole cerné de ténèbres opaques ? J’ai voulu percer ce mystère,
alors j’ai choisi mon œil vert, pour frôler la circonférence, pour voir au
travers.
Quelque chose est ainsi venu pénétrer ma cornée, oui quelque chose
: non pas un phallus, un doigt, une lame, mais - aussi étrange que cela puisse
paraître - une larme : celle, peut-être, d’un autre œil, qui a rencontré le
mien. Quel drame de ne savoir si elle fut sucrée !
Le Manque

1 juillet 2008
04 juillet 2008
Renoncer
Tu m’as touché
avec ta main et je me suis rétracté comme quand, parfois, on désire
fortement un objet élégamment achalandé : on le prend, on le possède presque
puis on se rend compte que, finalement, loin de son étalage, il n’a plus
tellement de sens, cet objet. Et bien c’est tout à fait cela, hormis l’absence
de désir qui m’a conduit à toi. Je ne me leurre pas un seul instant, jamais. Ce n’est plus un secret. Je préfère dire : je fus soumis encore une fois,
pauvre petit être humain, trop humain, au diktat lourd et oppressant de
l’Hypophyse.
Quand j’ai
fermé la porte, quand je suis arrivé dans la rue, plongé au cœur de la nuit,
parmi les lueurs discrètes des réverbères, j’ai ressenti une sensation brute et
étouffante. J’ai regardé le ciel et je me suis dit : merde, il est beau, parfois,
le ciel, à Lyon !
Découvrez Cosmos70!
03 juillet 2008
Du Coeur avant toute Chose
Une femme
adipeuse, dans le bus, exhibe son enfant au soleil caniculaire, offrande pieds
nus qui gigote péniblement, plein soleil, alors que se dessinent de franches
zones d’ombres ; une vielle femme dont les jambes sont des tableaux d’art
contemporain, bardées de varices, parfait all over, all over me, se pose
à côté de moi. Une troisième créature, portant également une de ces
printanières robes à fleurs, prend sa part d’espace non loin de nous et entame,
d’un ton hautain, avec l’adipeuse mère, un monologue à rallonge sur les
nourrissons.
Diatribe, puis encouragements
; la mère d’abord renfrognée sourit et
c’est l’éternel palimpseste.
La femme aux
stries violettes, robe indéniablement assortie au sang fermenté qui stagne dans
ses cuisses blanches comme celles d’une caille, délie enfin sa langue et là,
c’est l’effervescence. Elles dégobillent, les deux commères, cette incertaine
science qui nous apprend que les nourrissons ont de bien meilleures défenses
que nous, les adultes, concernant l’environnement qui les entoure, qu’ils s’y adaptent
bien plus vite. Saviez-vous également que les bébés sont de grands magiciens,
que, contrairement à nous, les adultes, ils se réhydratent tout seuls ? Et
elles concluent, les mégères, elles concluent que de toute façon, tout le monde
aime les bébés. Parce qu’il est impossible, absolument impossible, de ne pas
aimer les bébés. A moins, bien sûr, de ne pas avoir de cœur.
Découvrez Depeche Mode!
02 juillet 2008
Interlude dit du Chien
La semaine dernière, un végétarien m’a montré ses bichons maltais
par webcam interposée, véritable luxe. Et moi, qui suis végétarien, je les
aurais bien bouffé, ses chiens…
01 juillet 2008
Les Petites Agressions du Grand Ordinaire
Certains jeunes
hommes, pour ne pas dire garçons, harponnent des jeunes filles dans la rue, par
des mots, des compliments, des invitations, qui sonnent comme des insultes ;
d’autres viennent quémander de l’argent, s’adressant à vous d’une façon bien
trop polie et, si vous ne donnez rien, rien de matériel, parfois, ces gens
précédemment affables vous insultent comme la pire des vermines ; je ressens ces
détonations sonores, ces bonjours, ces salutations, ces prises d’assauts, comme
autant d’agressions, je ne sais pas si d’autres le ressentent comme moi, mais
oui, ce sont des agressions verbales, plus encore qu’une simple pollution
sonore. Cela arrive n’importe quand, n’importe où. Dès lors que l’on ose
sortir de chez soi, on s’y expose. On y échappe pas, c’est inévitable. Sans
doute l’un de ces innombrables cancers qui peuplent les grandes villes. Ainsi,
je préfère bien souvent rester chez moi.
Certains, ce
sont avec leurs yeux qu’ils éteignent d’un coup tranchant votre tranquillité
mais c’est parfois agréable, flatteur et cela fait sourire, indéniablement,
quand cela n’agace pas. Vous vous dites, en aparté de cette mélasse qui vous
assiège l’esprit: c’est une belle journée, je me sens (presque) beau, je plais,
ma vie n’est pas finie. Ceux-là qui vous regardent avec insistance, néanmoins,
ne parlent pas souvent, attendent qu’on les invite, du regard ou des lèvres, et
quand on les invite, beaucoup de choses peuvent se produire ou rien, rien du
tout - c’est du pareil au même. Certains vous suivent aussi ; avec l’âge, cela arrive
de moins en moins, de se faire suivre, dieu soit loué, mais cela n’empêche pas
ces voix d’éclater partout, de s’adresser aux gens alentours, à toi ; qui
slalomes, pour éviter ces intrusions, qui baisses les yeux sans cesse, pour ne
rencontrer que de stupides étrons, fruits oblongs, en provenance direct de
rectums canins. Ce n’est pas pour ça que je marche vite, non, mais c’est sans
doute pour cela que je ne regarde personne, que je rase les murs, que mes yeux
souvent se posent au sol et ne s’attardent jamais sur les détails, ni sur les
étrons, ni sur les ordures, ni même sur les poils pubiens.
*
Les regards les
plus frontaux, on les trouve sur les ponts, sur les ponts du Rhône. Les
bibliothèques universitaires sont également le théâtre d’incessants échanges de
regards, notamment dans les rayonnages. Et les tasses, n’en parlons même pas
des tasses ! Les magasins, au milieu des rayons, décidemment, on ne
choisit pas que des fruits, des légumes, du fromage : on y peut choisir, à
moindres frais, un partenaire, plus ou moins bien achalandé, ou pire : une
ménagère, rien de moins. C’est souvent l’homme devant vous, qui passe à la
caisse. Ce pauvre homme qui fait ses courses seul depuis bien trop longtemps.
Avec un grand sourire, il vous donne en main propre cette plaque en plastique
verte, pour séparer les articles. Freud adorerait ça.
Découvrez Archive!
Siamoiseries


Siamoiseries. 1 juillet 2008.
30 juin 2008
Pure Fiction
- Ouais. Si on veut… Tu
pourrais en rêver cette nuit, je crois.
- Je ne pense pas non, car
je ne suis pas toi.
- C’est évident que tu n’es
pas moi. A part ça, tu penses quoi des majorettes ?
- Rien de particulier. Et
toi ?
- Que ce sont des siamoises,
que ce sont vraiment de sales siamoises, unies par leurs bâtons. Tout ça, de
toute façon, c’est de la fiction. De la pure fiction.
- C’est sûr, c’est même pas
dans la bible. »
***
« … à la fin du XIX siècle, Myrtle Corbin
connut le succès comme phénomène de foire. Deux jambes supplémentaires, mais
atrophiées, émergeaient de son ventre, au-dessus du pubis. Dotée de quatre
jambes, elle possédait aussi deux vagins. Myrtle Corbin eut cinq enfants :
trois naquirent par son propre vagin, les deux autres par celui qui se trouvait
entre les jambes surnuméraires.
En revanche,
Millie et Christine, sœur siamoises noires, nées esclaves dans une plantation
américaine en 1850, étaient soudées par le dos et ne possédaient qu’un seul
sexe, mais deux urètres. Affranchies, engagées ou achetées par Barnum, elles
chantaient, dansaient, jouaient de la guitare. Elles furent même reçues en
audience privée par la reine Victoria. Leurs tempéraments divergeaient : Millie
devint mystique, tandis que Christine mena une vie dissolue. Christine mourut
de tuberculose vers 1910. Millie la rejoignit dix-sept heures plus tard.
Né en 1889,
Franck Lentin présentait deux sexes masculins complets. Il possédait aussi une
jambe et deux pieds surnuméraires. Il fut lui aussi montré dans les foires. On
ne sait si ses deux pénis fonctionnaient. Il se maria et engendra cinq enfants.
»
In. Dictionnaire
des Fantasmes, Perversions et autres Pratiques de l’Amour. Brenda B. Love. Trad.
Philippe Olivier. Ed. Blanche. 2000.
***
« Tu ne comptes
pas parler de toi aujourd’hui ?
- C’est ce que
je viens de faire.
- Ah bon, où ça
?
- Relis et tu
comprendras. »
Découvrez Korn!

